À Biviers, entre le 12 et le 15 déc. 2023

Allez-là ! C'est tipar.

Premières lignes. Premier partage.

Boum.

Pour célébrer ce démarrage, je souhaite écrire des mots qui ne viennent pas de moi.

L'auteur est Anthony Joseph. Une chanson avec le groupe The Spasm Band : "Bossa for Dalston". En spoken word, sur fond de mélodies chaloupées, envoutantes.

C'est l'un de mes sons préférés.

En anglais. Et, je ne l'ai pas compris dans son intégralité.

La première contribution que j'apporte aux internets du monde entier est un texte que je ne suis pas certain d'avoir parfaitement compris.

Haha, ça pose le bonhomme !

N'empêche, j'ai saisi l'essentiel.

Je ressens la puissance du propos. Sa justesse. Incisive.

C'est pour cela que je commence par lui.

Comme un hommage.

Car ce que j'écrirai, raconterai, partagerai ensuite, s'inscrira dans cette ligne.

En termes pratico-pratiques, d'abord une version anglaise, avec des [?] indiquant les trous de compréhension.

Puis une version traduite en français, avec ces [?] aux mêmes endroits.

Aussi un lien youtube vers la chanson.

Place à Anthony Joseph :

ーーーーー

There would be no revolution.

That's why it won't be televised. And it won't be on the internet either. It won't be a sms, or posted on facebook.

There can never be no evolution because we, as a people, are too worried about sushi and designed clothes. We're too worried about heavy cars, expensive shoes.

And poets. Poets. Brothers and sisters. Some of us are too worried about whether or not our points are good or not. Well, you see we don't realize that the craft of poetry is in wrestling with the truth. We don't realize that writing well is really just about telling the truth. Whatever that may be.

You see to write well, all you've got to do is to write you. Tell us how you see the world. Tell us how you feel the world. So when you walk down the streets, ask yourself: how do I put this? How do I feel this? How do I put this feeling, how do I put this moment into words?

I mean this is what poets do. Poets, we need words that will move people. Words that will help them to live in this brutal world that we live in.

See, some of us are talking about roots. There're still talking about roots. But we forget sometimes that we are the roots.

Some of us are still talking about revolution.. But the revolution of the mind, which is the true revolution, begins within us. You see, the personal is the universal. So what people really wanna know, what they really wanna read, is how you navigate this life.

So our job should really be to beautify this life with truth. It just might help someone to get over.

I mean how long do we write poems that begin : "I, I, I, I, I.. I come to a long, long, long, long, line above a.. ba..bababa.." What? I mean, nothing wrong with knowing where you come from as a people. But when you break it down, people we all come from the same place. We're all going in the same direction. And besides, in this life, each [?] second of the present, is all that matters.

I was spoking to one of these [?] poets recently. The brother had an all fat book of poems. I said: "Yeah, brother, but what do you read?" He said: "man, I ain't got time to read, what are you talking about: read? Man, if I read too much, that might fuck up my style." I said: "brother, how can you call yourself a poet when you don't read?" I say you've got to write, yeah. But we've got to read too. Otherwise, you know like my granddaddy used to say: [..?]

Some of us are still writing poems about Nubian princesses. What I really wanna know is about them [..?]

I want to write about, why it is that we keep destroying ourselves? That's what I really wanna know.

We need words. We need strong words.

Words that would help us get by in this brutal world in which we live.

And when you write the truth, that's when we could start to talk about revolution. When we can really get down to the truth of our lives. Tell it like it is, you know.

ーーーーー

Il n'y aura pas de révolution.

C'est pour ça qu'elle ne sera pas télévisée. Elle ne sera pas non plus sur internet. Ou postée sur facebook.

Il ne pourra jamais se produire d'évolution car nous, en tant que peuple, sommes trop préoccupés par les sushis et les vêtements fashion. Nous sommes trop préoccupés par les grosses voitures, les chaussures onéreuses.

Quant aux poètes. Poètes. Mes frères et sœurs. Certains d'entre nous sont trop préoccupés par le fait de savoir si nos points de vue sont pertinents ou non. Alors, pour moi, nous ne voyons pas que l'art de la poésie réside dans la lutte avec la réalité. Nous ne réalisons pas qu'une belle qualité d'écriture repose simplement sur le fait de dire sa propre vérité. Quelle qu'elle soit.

Si tu veux, savoir bien écrire, c'est tout simplement écrire ce que tu es. Dis-nous comment tu vois le monde. Dis-nous comment tu ressens le monde. Genre quand tu te balades dans la rue, demande-toi : comment je transcris ça ? Qu'est-ce que je ressens ? Comment je transcris cette sensation, comment je traduis ce moment en mots ?

Je veux dire, c'est ça que font les poètes. En tant que poètes, nous avons besoin de mots qui interpellent les gens. Créent un mouvement chez eux. Des mots qui puissent les aider à vivre dans ce monde violent où nous vivons.

Certains d'entre nous parlent de leurs origines. Ils continuent encore de parler [des problèmes issus] de leurs origines. Mais nous oublions parfois que nous sommes nos propres origines.

Certains d'entre nous continuent de parler de révolution.. Mais la révolution de l'esprit, qui est la vraie révolution, commence à l'intérieur de chacun. Pour moi, expérience individuelle et universelle sont identiques. Donc ce que les gens veulent vraiment savoir, ce qu'ils veulent réellement lire, c'est comment toi, tu te débrouilles dans la vie.

Du coup notre taf devrait être d'embellir cette vie avec notre vérité. Ne serait-ce que cela pourrait aider quelqu'un à aller mieux.

Sérieusement, combien de temps encore écrirons-nous des poèmes commençant par : « Je, je, je, je, je.. je viens d'une longue, longue, longue, longue, lignée au-dessus de.. de de de.. » Quoi ? Bon, rien de mal à savoir d'où tu viens en tant qu'individu. Mais quand tu te penches sur la question, chacun d'entre nous vient du même endroit. Nous allons tous vers la même direction. D'autant que dans cette vie, chacune des [?] secondes vécues au présent, c'est tout ce qui compte.

J'ai discuté avec l'un de ces [?] poètes récemment. Le bonhomme avait un bon gros cahier rempli de poèmes. Je lui ai dit : « ok mon gars, mais qu'est-ce que tu lis ? » Il m'a répondu : « mec, j'ai pas le temps de lire. De quoi tu parles : lire ? Mec si je lis trop, ça va pourrir mon style. » J'ai répliqué : « comment peux-tu te considérer comme un poète si tu ne lis pas ? »

Pour moi tu dois écrire, oui. Mais nous devons lire aussi. Sinon tu sais, comme disait mon grand-père : [..?]

Certains d'entre nous continuent d'écrire des poèmes à propos de princesses nubiennes. Ce que je veux réellement savoir à propos d'elles est [..?]

Je souhaite écrire à propos de pourquoi, quelle est cette pulsion qui nous pousse à continuer de nous autodétruire ? Cela je veux vraiment le savoir.

Nous avons besoin de mots. Nous avons besoin de mots puissants.

Des mots qui puissent nous aider à nous en sortir dans ce monde violent au sein duquel nous vivons.

Et lorsque tu écris ta vérité, alors là nous pouvons commencer à parler de révolution. Quand nous pouvons plonger au cœur de la vérité de nos vies. La dire telle qu'elle est.

ーーーーー

Tmtc.

2025 | Rémi Lefebvre