À Biviers, Corenc et Grenoble, entre le 25 jan. et le 31 mars 2024

Salut les couz.e.s !

Je choisis pour cette première publication personnelle un sujet tout simple : la nature.

Et, au risque de choquer les écologistes de tout bord, je m’en vais la défoncer la nature. En tout cas le concept.

Gaïa, Pachamama et consorts n’ont qu’à bien se tenir.

Ce qui me chagrine ?

L’idée d’exclusivité.

L’acception généralement partagée de ce terme (dans la culture occidentale) sous-entend qu’il y aurait la nature et.. l’être humain.

Hhhmm..

Je veux dire,

WHAT

THE

FUCK ?!

Pardonne-moi l’usage d’un anglicisme ainsi que d’une typographie manifestement immodérée.

N’empêche, what the fuck.

Des milliards d’années de création, des millions d’années d’évolution, des milliers d’années de culture, pour en arriver à pareille bêtise.

Il y aurait d’un côté les êtres humains « lalala, bonjour comment allez-vous ? bien et vous ? je vous remercie ». Et de l’autre, la nature « oooh les jolis papillons, woaw la majesté de cet arbre, et là, huhu, un fox à poil dur ».

Des conneries, ouais.

Ça vaut pas le coup d’inventer les pyramides, les mathématiques ni l’iPhone 17, si c’est pour aboutir à une telle ineptie.

Et je place cette critique dans une perspective purement rationnelle. Pour le moment.

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D’après ce qu’exposent les différentes thèses scientifiques à l’heure actuelle, il semble que le corps avec lequel j’évolue dans cette vie soit constitué d’atomes. Différentes combinaisons qui se structurent en molécules selon plein de variables et pouf ! ça fait un corps. D’être humain.

Bon.

Je passe maintenant aux jolis papillons, à l’arbre et au fox à poil dur. Ho, magie. Il semble que ce soit pareil. Différentes combinaisons d’atomes qui se structurent en molécules selon plein de variables et pouf ! ça fait des papillons. Ça fait un arbre. Ça fait un fox à poil dur.

L’idée que je poursuis est la suivante : un être vivant est une poussière d’étoile.

Dans une étoile aussi, c’est un bazar d’atomes qui s’agitent dans tous les sens au gré des réactions successives. Bah là, en laissant infuser quelques milliards d’années, hop il y a des bouts qui vont aller virevolter ailleurs. Certains, arides amas rocheux poursuivent une route de cailloux dans l’espaces.

T’en prends un où paf, il y a de l’eau. Va savoir pourquoi. Ça bloblotte à l’intérieur. Intervient un phénomène pas banal. Certains atomes se recombinent entre eux, soit s’agglomèrent, soit se détachent. Bref, vivent leur vie.

Ce phénomène a d’ailleurs été étiqueté plus tard sous la terminologie : « la vie ». Sous-entendu, la vie terrestre.

Heu, les étoiles et les bouts de cailloux, ils vivaient déjà. Il y a juste eu accélération et diversification du phénomène de recomposition des atomes entre eux.

Après quelques bloblops, mousses et lichens envahissent la terre ferme. Il y a un système de couches atmosphériques avec évaporation et pluie. Ça tombe bien. Les roches arides sont recouvertes par tout ce fatras.

Là-dessus intervient une succession innombrable de cycles de vie et de mort (= les saisons). Chaque petit machin vert/marron caca d’oie qui meure se décompose. Certains d’entre eux deviennent l’humus d’une terre fertile, sur laquelle poussent d’autres en des formes toujours plus variées. Genre forêt tropicale. C’est une roue sans fin. Un ∞ à l’infini. [1]

Certaines formes se détachent de la terre et se meuvent de manière autonome. En prenant le parti de bouffer celles qui sont restées attachées, histoire de choper les nutriments nécessaires à leur survie. Ça donne les papillons, les fox à poil dur et l’être humain de type homo sapiens.

Table des matières

La question à 1 000 francs : quelles différences entre l’humanité et le reste du vivant ?

Existent-ils des différences fondamentales entre les différents agglomérats d’atomes ?

Ceux constitués en êtres humains et d’autres constitués en animaux, plantes vertes en promo à Botanic ou petits galets de bord de plage bretonne ?

À mon sens il y en a une majeure : le langage. Apparu au sein de l’espèce homo sapiens il y a quelques 300 000 années. Soit une poussière à l’échelle du temps géologique.

Figure 1 : échelle de temps géologique

Il y a tant à écrire, que cette question du langage fera l’objet d’une publication ultérieure.

En maxi résumé : ça a permis de créer des notions abstraites. Des concepts de type divinités/ esprits. Propres à fédérer dans un seul groupe humain suffisamment d’individus pour aller mettre la misère au lion. Lequel auparavant tatanait la gueule desdits humains, trop faibles face au bestiau et sa gueule rugissante.

C’est devenu possible de migrer dans des territoires plus enneigés, et de chasser le mammouth.

Bref, de passer du statut de sous-doué de la savane à celui de génocidaire de l’ensemble des règnes vivants sur la Terre. [2]

En l’espace d’un clin d’œil à l’échelle du temps géologique (cf. figure 1).

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En dehors du langage, quelles différences ?

Bah rien.

Nada.

Que tchi.

Différents amas d’atomes évoluant sous diverses formes.

Voilà tout.

En quoi clarifier cet imbroglio me semble important ?

Pourquoi en viens-je à écrire tout ce pataquès ?

Car il me semble que la majorité des problèmes de fonctionnement actuellement en vogue sur la planète ont comme origine : la séparation supposée de l’être humain et de son environnement.

Ne serait-ce que cette phrase pose problème : « l’être humain et son environnement ».

L’être humain estson environnement.

Il fait partie de l’ensemble dénommé « environnement ». Il fait partie de l’ensemble appelé « nature ».

N’en déplaisent aux créationnistes de tout poil, selon moi, chaque être humain est partie intégrante de la nature. Au même titre que chaque arbre, buisson, coléoptère ou autre drosophile.

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Giulia Enders a rendu une formidable copie dans son livre à succès Le charme discret de l’intestin. [3] Un bijou de vulgarisation scientifique. Dans lequel est décrit avec simplicité le trajet des aliments dans l’intestin.

Ils sont décomposés en touts petits morceaux, certains évacués, d’autres intégrés.

Concrètement, mettons que je bouffe une courgette. Il y a des infimes particules de courgette qui vont devenir un bout de doigt, d’autres de l’œil, d’autres du coude. La courgette intègre en partie le corps que j’appelle « moi ». [4]

Dans le même temps, je perds régulièrement des poils, de la transpi, des selles ou que sais-je encore. Qui retournent à la terre et deviennent autre chose.

C'est l'idée philosophique antique que je ne me baigne jamais deux fois dans la même rivière, appliquée au corps humain.

Le corps qui me constitue n'est plus le même à deux instants différents, en dépit d'une apparence de continuité. [5] Quand je mourrai plus tard, c'est tout l'ensemble qui sera composté et transformé en lombrics et orchidées.

Une roue sans fin de décompositions/ recompositions.

« Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme » disait Lavoisier.

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Ce que je propose est ni plus ni moins la remise en question des récits portés par les religions et civilisations dominantes des derniers millénaires.

Ceux-ci ont imprimé dans l'esprit de générations successives cette idée de dualité Homme vs. Nature. Une lapalissade dans l'inconscient collectif. Une croyance partagée par la plupart des humains de type occidentaux millésimés 2024.

Et pourtant, je répète, à mon sens, une belle connerie.

Car c’est la porte ouverte à la comparaison. Qui dit dualité, dit rapport de pouvoir.

Séparer l’homme et la nature, ça donne : la nature, au service de l’humanité.

Les exemples sont légion :

  • en vertu du droit à la priorité (règle inventée par et pour les humains), le prioritaire d’un terrain peut l’aménager à sa guise. En France au XXIe siècle, dans 80% des cas, ça signifie massacrer tous les végétaux. Pour semer à la place une seule et même espèce, de type gazon. Aspergée de produits chimiques pour tuer le reste, qualifié de « mauvaises » herbes (également au passage insectes, fourmis, lombrics & cie). Régulièrement coupée à la tondeuse. Le jeu ici est d’obtenir un tapis vert plus uniforme que celui du voisin. Sorte de compétition inconsciente entre mâles dominants. Hmm, je m’égare vers le sujet du patriarcat.. ce sera l’objet d’un prochain texte ;

  • je reviens à mes moutons. Ou plutôt aux cochons. Les cochons ça va dans les porcheries. Une porcherie c’est un camp d’extermination pour animaux. Lesdits cochons sont parqués dans des enclos individuels, soumis à des conditions de vie atroces, séparés de leurs enfants, nourris avec de la merde en boite. Jusqu’à ce qu’ils aient atteints le poids idéal pour être abattus sans autre forme de procès, dépecés et transformés en saucissons. Dégustés lors d'un apéro entre êtres humains. En tranches fines ;

  • un fleuve, ça sert à produire de l’électricité (pour activités humaines). Ou à irriguer des champs (pour nourriture humaine). Tant pis si au passage il est nécessaire d’inonder une vallée, ou de raser des forêts en plantant à la place des rectangles de monoculture ;

  • je t’épargne le reste de la légion d’exemples.

Tout ce qui n’est pas catégorisé « humain » est rangé dans la case « nature ». Laquelle catégorie « nature » étant à disposition pleine et entière de la première catégorie « humain ».

C’est un truisme de la pensée occidentale.

Bah, cela, en moi, génère des torrents émotionnels. Des flots de colère, d’incompréhension, de consternation. Du dépit, dégoût. Confinant parfois à la fureur. Un malaise quasi permanent. Mâtinée de perplexité. De la stupéfaction sans cesse renouvelée, un stress continu, pouvant tendre à la sidération. Le terreau d’une bonne vieille angoisse de derrière les fagots. Sans parler du chagrin, de la tristesse, amertume, peine. Je cite encore la détresse, puis abrège là ce florilège de sensations.

Je ressens parfois l’impression de personnifier l’expression « il ne ferait pas de mal à une mouche ». Lorsque je vois quelqu’un en éclater une (juste parce qu’elle a eu le malheur de venir faire « bzzzzz » trop proche de ses oreilles), le cocktail émotionnel décrit au paragraphe précédent s’active à l’intérieur.

C’est-à-dire, quasi en permanence lors des interactions sociales (avec des êtres humains).

Je te raconte pas le bazar de vivre avec un tel sentiment de décalage.

C’est pour ça que bordel ! je choisis de monter au créneau.

Boum. J’écris ce texte.

Quelles implications pratico-pratiques ?

Pour prendre un exemple concret de biais fondamental engendré par cette croyance : la sauvegarde de l'environnement.

Dans la perspective d'un environnement séparé de l'être humain, ce n'est pas la planète que souhaitent sauver l'immense majorité des mouvements écologistes.

En dépit des discours. En dépit des slogans.

Figure 2 : sauve la planète kikoolol

L’idée sous-jacente à l'ensemble du corpus d'argumentaires écologistes me semble être la suivante : « adaptons nos comportements dans l'objectif de préserver sur la Terre des conditions propices à la survie de l'espèce humaine ».

C'est-à-dire, en vrai, la planète, rien à foutre. Rien à foutre en tant que telle.

Les biotopes, la canopée de la forêt amazonienne, les abeilles pollinisatrices, nique. Dans le discours ambiant, tout cela n'est important qu’au sens où ces fragiles équilibres permettent la survie de l'espèce humaine. Ce sont des moyens, pas des fins en soi.

Les abeilles pourraient bien toutes crever si leur rôle n'était pas aussi fondamental dans la pollinisation des fleurs.

À l'appui de ce propos, j'observe le sort réservé aux guêpes par la plupart de mes congénères. Elles sont tuées à coups de tapettes !

Faut dire qu'elles n'ont aucune utilité ces cons de guêpes. Si ce n'est de faire chier lors du barbecue entre ami.e.s d'un dimanche estivalier.

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J'en appelle ici à un auteur majeur de la pensée occidentale pour dénoncer l'aspect fallacieux de cette façon de penser (et d'agir) : Kant. Le bon vieux Kant. Il en a dit et écrit des idées à la pelle. C'était son job, le mec.

Parmi toutes celles-ci j'en retiens une en particulier :

« Agis de telle sorte que tu traites l'humanité, aussi bien dans ta personne que dans la personne de tout autre, toujours en même temps comme une fin, jamais simplement comme un moyen. » [6]

Bim.

Le genre de phrases qui contient tellement en si peu de mots. Il est possible d'en déduire 80% des implications pratico-pratiques pour mener un chemin de vie accompli.

Je renvoie à l'excellente analyse effectuée par Marc Manson à ce sujet. [7]

Et m’en tiens à traduire la citation en langage d'aujourd'hui :

Chaque fois que je fais une action "dans le but de“ (et non pas pour l'action en elle-même), je sors de la morale selon Kant.

C'est-à-dire, en termes pratiques, je ne suis plus aligné avec moi-même. J'entre dans des processus intellectuels de justification de l'action à posteriori. Bref, c'est le bazar dans la tête et je me décentre du corps.

Quand bien même ladite action a réussi ! On s'en fiche.

Quelques exemples :

  • entretenir un réseau de relations d'intérêts, plutôt que d'amitié pour les personnes en elles-mêmes ;

  • séduire une belle femme pour se la raconter auprès des copains, plutôt que pour la belle femme en elle-même (même quand le processus est inconscient !) ;

  • acheter une pizza chez Domino's pour la promotion de la seconde gratuite, plutôt que par attirance gustative envers la pizza.

Il y a également un court passage : «aussi bien dans ta personne que blabla bla ».

De la dynamite => la règle kantienne demeure valable vis-à-vis de moi-même. Véritable phare dans l'océan de développement personnel bullshit se déversant chaque jour un peu plus sur le quotidien.

Exemples :

  • me regarder chaque matin devant une glace en répétant « je vais bien » alors que je ne ressens pas ça intérieurement ? Projection ! Je me traite alors comme un moyen, pas comme une fin en soi. Je m’auto-manipule ;

  • ressentir souffrance, peur, tristesse, colère. Accueillir ces émotions pour que ce qu'elles sont, et, juste, ça ? Ok, check. Avoir grandi en humanité en ayant traversé l'épreuve. Ça marche pareil pour la joie, en plus agréable.

Voilà.

En quelqu.. beaucoup de mots. J'ai fait de mon mieux pour que ce soit concis.

Pourquoi suis-je venu ajouter une tartine de morale kantienne au propos ?

C'est venu tout seul. Quand je parlais des guêpes.

Alors. Les guêpes.

Autant, tu l'auras remarqué, je kife la théorie et ses applications pratiques. Autant il y a un détail, majeur, qui me chiffonne. Me chagrine même. Génère du chagrin en moi. Bref.

C’est le fait que selon Kant, cette morale s'applique uniquement aux êtres doués de conscience. C'est-à-dire, capables de prendre des décisions, de considérer différentes options et les implications morales derrière chacun des choix.

Concrètement, les êtres humains.

Pas les guêpes. Ni les autres insectes, ni les animaux. Pas plus les plantes, les arbres, ou les cailloux.

Là pour le coup, désolé Manu, je ne suis pas d'accord.

Je saisis l'idée qu'il soit préférable que les êtres humains mettent en œuvre ces principes dans leurs actions du quotidien. L'acquisition progressive du langage a doté l'humanité du superpouvoir qu'est la conscience. La moindre des choses est d'en user avec responsabilité.

Cependant cela m'échappe pourquoi cette mise en pratique aurait pour seuls destinataires les autres êtres humains.

Pourquoi pas l'ensemble des règnes vivants ? C'est-à-dire chaque atome constituant l'univers. Y compris les étoiles. Y compris les guêpes.

Dans la grande bataille de la dignité de la vie d’une guêpe, j’ai choisi mon arme : stylo contre tapette.

Plus largement, ce que j’écris est un plaidoyer pour la dignité de la vie.

La vie humaine et toute forme de vie. Quelle qu’elle soit.

Pour reboucler avec le propos, c'est pour cela que l'idée évoquée plus tôt me semble fallacieuse : sauver la planète, dans le but (même inconsciemment) de préserver les conditions de vie adéquates à la survie de l'espèce humaine.

Formulée autrement, ce serait par exemple ralentir la disparition des espèces, dans le but de préserver une biodiversité suffisante pour la survie de l’humanité. #sinonenvraionsenfoutdesespèces

Ce sont des moyens, pas des fins en soi.

Et, selon moi, cela aboutit aux mêmes impasses intellectuelles et biais de raisonnement que lorsque je n’applique pas la morale kantienne vis-à-vis d'un être humain, ou de moi-même.

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Un exemple parmi tant d’autres :

Mettre en place un programme de plantation d'arbres dans une forêt gérée écobiobobologiquement, dans l'objectif de compenser des émissions carbones.

À mes yeux, cela maintient les arbres dans une vision majoritairement partagée aujourd'hui en Occident : objectiviste et utilitariste. Des poteaux avec des feuilles au bout. Décoratifs dans un parc. Ayant acquis quelques lettres de noblesse dans l’imaginaire occidental depuis que des études scientifiques leur ont démontré une faculté de capter du CO2 pour relâcher de l'oxygène. Ou celui de favoriser le bien-être si moi-même je me balade en forêt.

Du coup arbre = bien. Le couper = mal.

Sauve un arbre, bute un castor.

Il émane des forêts gérées durablement (en tout cas celles que je connais) un sentiment qui s'apparente en moi à de la tristitude.

Des arbres de la même espèce plantés en rang d'oignon. Séparés par des coupes franches (= tuer tout dans les intervalles à part l'herbe). Le terme même de gestionparaît visible dans le paysage. Tout est propre, ordonné. Pratique. Prévu pour des activités humaines de type balade, chasse. Ainsi que pour l'abattage des poteaux marron et vert, nécessaires aux samedis shopping dans un grand hangar bleu et jaune.

En un mot comme en dix-sept, ces forêts me semblent artificielles.

L'autre idée ? Aimer les arbres, juste, bah, pour ça. Comme une fin en soi.

Pas dans le cadre d'un échange de bons procédés (vis-à-vis de leurs rôles de pompe à CO2/ stimulateur de bien-être).

Ou ne pas les aimer d’ailleurs. L’amour des arbres n’est pas une condition sine qua non à la vie humaine.

Moi je les aime.

Tu fais comme tu ressens.

Juste, si c'est le cas, que ce désamour soit une fin en soi. Une voix intérieure qui te dit : « roh, les arbres, fait chier. »

Pas une justification rationalisée à postériori. Par exemple parce que les mesures écologistes te gavent. Ou que tu veux sauver les castors. Ou je ne sais quelle autre faribole intellectuelle déconnectée d’un ressenti.

ーーーーー

Un arbre est un être vivant. À travers ses racines, ses fleurs, ses feuilles, il communique avec ses comparses. Au moyen d'échanges chimiques et énergétiques, il soutient, demande de l'aide, agresse, se protège, se dégrade, croît. [8]

Il vit.

Constitué d'atomes en constante évolution. Agglomérés à l'instant -t- sous cette forme, qui en deviendront ensuite plein d'autres.

Une fois dans ma vie, j'ai apprécié la chance de pénétrer dans l'une des rares jungles encore peu atteintes par la main de l'homme. Au centre de l'île indonésienne de Sulawesi.

Pas de sentier, rien. Que des troncs, des arbres, des lianes, de l'eau, des plantes, des mousses, des fleurs, se superposant les unes, les uns, aux autres. En étages successifs. La nuit, une cacophonie poétique de milliers de voix d'animaux qui vaquaient à leurs occupations.

S'est imprimée en moi la sensation d'un temps long. Il a été nécessaire que des millions d'années s’écoulent pour qu'un tel lieu existe. Il a fallu que tel arbre meure et s'écrase au sol pour que tel champignon prospère sur l'écorce de la souche. Progressivement mangé par tel lichen, où telle plante a trouvé le terreau idéal pour pousser. Ce qui a attiré tel groupe d'insectes qui..

Tout cela pendant des millions d'années.

Mettons que quelqu'un se pointe et foute le feu. Histoire de bénéficier d’un terrain fertile pour une quelconque exploitation agricole. Ça ne reviendra pas. Même en replantant ensuite tout plein d'arbres éco-gérés avec la meilleure volonté du monde. Ce ne sera qu'une pâle copie.

Pour atteindre ce degré d'enchevêtrements et de diversité, il n'y a pas d'autre solution que de patienter un temps long.

(…)

Il y a encore tellement d'exemples qui se bousculent en pensées tournoyantes à l’intérieur de moi.

J'adorerais en ajouter un de type animalier. Comme les mots s'accumulent et que je ressens l'importance d’acheminer gentiment le propos vers une conclusion, je me contente d'évoquer.

Le témoignage éloquent de Geoffroy Delorme : sept années de vie en compagnie de ses potos chevreuils dans la forêt de Bord. [9]

Bouleversifiant.

ーーーーー

Voilà.

Toutes ces circonvolutions autour de l'idée d'une continuité entre chaque être humain et l'entièreté de ce qui vit autour de lui.

J'ai souhaité la présenter dans un langage occidental. Au format rationnel. C'est-à-dire, respectant les déductions logiques répondant à des liens de causalité. C'est l'histoire des atomes se recombinant incessamment dans un cercle infini, tantôt sous forme humaine, tantôt sous forme d'un arbre, tantôt celle d'un blopfish.

Figure 3 : un blopfisch

Conclusion à connotation spirituelle + bonus dessin animé

Je souhaite à présent m'extraire du cadre normatif de référence, pour conclure sur des notes teintées de spiritualité.

Je suis l'univers et l'univers est moi.

Il existe un lien entre l’intérieur et l'extérieur.

La reliance avec un grand tout. Quelque chose de plus grand que soi. Que moi. De l'ordre du divin. Qui imprègne toute chose, toute manifestation de matière, d'énergie. Animée ou non. Dotée du langage ou non. Sans hiérarchie.

Sans. Putain. De. Hiérarchie.

Je n'ai pas l'impression d'inventer l'eau chaude en écrivant ces lignes. Même la Pocahontas de Disney le chante : « moi je sais que la pierre, l’oiseau et les fleurs ont une vie, ont un esprit et un cœur »🎵

Cette idée de continuité entre chaque parcelle de l’univers semble faire partie de l’inconscient collectif depuis des temps immémoriaux. À en croire les récits anthropologiques auxquels j'ai eu accès, elle était répandue dans les sociétés humaines dites primitives.

Aujourd'hui elle est encore prééminente dans des conceptions du monde qualifiées d'ancestrales. J'ai pu le sentir auprès des Xuma. Famille kanak de Nouvelle-Calédonie, avec laquelle j'ai tissé des liens lorsque j’habitais là-bas.

Alessandro Pignocchi en témoigne suite à son expérience de vie auprès des Indiens Jivaros. [10]

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Gaïa et Pachamama, que je taclais en début de cette publication, à l'origine, c'est cette idée.

C'est leur reprise dans la culture occidentale qui génère en moi une vague d'exaspération.

Sous forme de concepts. D'inspiration objectiviste et utilitariste.

Sauver Gaïa, sauver la planète. Putain, quelle niaiserie.

Si chaque personne qui utilisait ce concept tout pourri admettait que, in fine, c'était sa propre vie qu'elle voulait sauver (ou celle de ses proches), je ne trouverais rien à redire.

Et si, plutôt que de consacrer son temps et son énergie à pondre une énième réglementation politico-écologique, elle se posait avec elle-même pour résoudre son propre bazar émotionnel interne ?

Waow, ça laisserait carrément poindre en moi une once de joie et d'espoir.

La planète n'a pas besoin d'être sauvée. Elle a déjà survécu un cataclysme qui a dégommé des machins gros comme des dinosaures.

Elle survivra aux êtres humains.

Sans même m'attarder sur le déséquilibre fondamental de la posture de sauveur. Un des b.a.-ba en psychologie. Mis en lumière par Karpman dans son fameux triptyque bourreau/victime/sauveur. [11]

Vouloir sauver quelqu'un ou quelque chose d'autre nuit à la relation. En créant de la dépendance.

La seule personne que je peux sauver est moi-même. En faisant confiance aux autres êtres humains, aux autres êtres vivants, pour qu'ils fassent de même en ce qui les concerne.

La vie continuera quoi qu'il arrive. Même en cas d'apocalypse thermonucléaire, il se trouvera bien quelques cafards pour continuer le sempiternel cycle des recombinaisons d'atomes.

Si ça se trouve, d'ici quelques temps géologiques, la Terre sera majoritairement peuplée d'alligators phosphorescents. Qui boufferont les océans de plastique laissés par l'humanité.

La crise écologique serait alors qu'ils n'auraient aucune fichue idée de comment recréer les ressources 🤣.

Ou alors rien. Rien qui bouge en tout cas. La Terre serait redevenue un bloc de désert aride. Un caillou dérivant dans l'espace.

La vie continuerait pour autant. Des morceaux de pierre se détacheraient çà et là pour devenir du sable. Il y aurait peut-être une activité volcanique. La recombinaison des atomes entre eux s'effectuerait plus lentement, voilà tout.

ーーーーー

Moi je m'en fiche, je ne connaîtrai pas tout ça.

Avant d'en arriver là, il me reste un bordel de vie humaine. Avec le langage, la conscience, et des émotions en pagaille à ressentir. Avec des expériences à vivre, des épreuves à traverser.

Avec une envie impérieuse d'écrire des publications longues comme le bras.

En imaginant que beaucoup des êtres humains qui les liront ne seront pas d'accord.

En espérant qu'elles trouveront un écho auprès d'autres personnes.

Salut les couz.e.s.


Références

  • [1]

Quelques millions d’années de couches successives de micro-déchets, et pif ! dans les étages du bas ça se recombine en pétrole. Ces phénomènes sont décrits avec brio par Peter Wohlleben, dans le bouquin La vie secrète des arbres (éd. Les Arènes, 2017).

Das geheime Leben der Bäume si toi-même tu parles allemand.

Existe aussi en BD si toi-même tu aimes les jolis dessins de Benjamin Flao.

  • [2]

Il y a max d’info là-dessus dans le livre Sapiens de Yuval Noah Harari (éd. Albin Michel, 2015, en français/ Vintage Penguin Random House, 2015, en anglais).

  • [3]

Éd. Actes Sud, 2015. Si tu préfères lire en v.o. c’est Darm mit Charme aux éditions Ullstein, 2014.

  • [4]

Cette idée de continuité entre une courgette ingérée et le corps qui me constitue, je l’ai découverte et appréciée sous la plume d’Alanda Greene. Elle décrit cette même image avec des brocolis : L’impermanence du brocolismagasine Heartfulness n° 6 pp. 62-65.

  • [5]

L’impression de permanence du corps est un leurre. Chaque jour environ 20 milliards de cellules atteignent la fin de leur cycle de vie, sur un total de 100 000 milliards (ces chiffres tout mignons sont issus du site naturolistique.fr). D’autres sont créés dans le même temps.

Une vidéo badasse pour le constater visuellement sur le temps long est un time-lapse réalisé par Noah Kalina. Il s’est photographié une fois par jour durant vingt ans. Résultat : everyday.

  • [6]

Checke la réf dans Fondations de la métaphysique des mœurs, éd. Flammarion, 1994, en ouvrant p. 108.

  • [7]

Mark Manson: The One Rule for Life (c’est en anglais. Je ne sais pas si ça a été traduit).

  • [8]

Je renvoie de nouveau au bouquin La vie secrète des arbres.

Ibid. comme dirait l’autre.

  • [9]

L’homme-chevreuil/ Sept ans de vie sauvage (éd. Les Arènes, 2021).

  • [10]

Ça a été pour moi une telle oasis de fraicheur de lire ses écrits. Lire sous la plume d’un auteur occidental la notion de réciprocité entre les êtres humains et les autres êtres vivants. Woaw.

J’ai découvert cet auteur à travers ses bédés, qui mêlent humour, beaux dessins, réflexions fines et pertinentes.

  • [11]

Article Fairy Tales and Script Drama Analysis, 1968. Il est disponible en pdf (en anglais) sur le site www.karpmandramatriangle.com.

Tmtc.

2025 | Rémi Lefebvre